Editorial du mois de Mars 2019

Le Carême d’une Eglise qui tangue

Un navire parfois, ça tangue. L’eau y entre, quelquefois. Les révélations qui mettent en cause les mœurs de prêtres, d’évêques, de prélats un peu partout dans le monde et au Vatican paraissent ne devoir jamais s’arrêter. Ceux qui, selon la parole de Saint Pierre devraient être « les modèles du troupeau »[1] se transforment en prédateurs. Nous pouvons bien-sûr nous cramponner au mat en disant : le navire catholique est toujours la cible des torpilleurs, or les autres ne sont pas mieux que nous. Mais cela ne résout rien ! Nous pouvons déclarer : c’est « eux » les coupables, ce n’est pas moi ! Or, nous sommes rachetés, « eux » et nous par le même sang ; nous sommes dans la même barque, « eux » et nous. D’autres pensent quitter le navire. Pour nager seuls ? Dans des eaux hostiles ? Regardons plutôt en face la terrible vérité : « Ils disent et ne font pas ! » [2] C’est le drame des maîtres pharisiens. Ces faits nauséabonds qui s’enchaînent me tourmentent, car je l’aime, mon Eglise ! Et je la crois sainte dans le Cœur et l’intention de mon Seigneur ! Je pense aussi aux séminaristes dont j’ai la responsabilité devant l’évêque : ils croissent dans leur vocation, dans une société largement indifférente, parmi les scandales qui défigurent le Peuple de Dieu. Certains leurs demandent de rendre compte.

La deuxième année de son pontificat, le pape François a dénoncé les 15 « maladies » de la Curie romaine. Voici la huitième : « La schizophrénie existentielle. C’est la maladie de ceux qui mènent une double vie, fruit de l’hypocrisie typique du médiocre et du vide spirituel progressif (…). Une maladie qui frappe souvent ceux qui, abandonnant le service pastoral, se limitent aux tâches bureaucratiques, en perdant ainsi le contact avec la réalité, avec les personnes concrètes. Ils créent ainsi leur monde parallèle, où ils mettent de côté tout ce qu’ils enseignent sévèrement aux autres et où ils commencent à mener une vie cachée et souvent dissolue. » Ce mal menace en fait tout pasteur, et peut-être même, en transposant, tout chrétien. « Ils disent et ne font pas ! ». Le pape ajoute que : « la conversion est plutôt urgente et indispensable pour cette maladie très grave » (cf. Lc 15, 11-32). [3] Le Pape a commencé à faire le ménage : le 15 février un Cardinal qui fut archevêque de Washington et conseiller de Jean-Paul II en matière de Droits de L’Homme a été exclu de l’état clérical ; c’est la première fois dans l’Histoire. Le désormais monsieur Mac Carrick est assigné à une vie de pénitence. Et depuis le 21 février, les évêques du monde entier sont réunis dans un sommet totalement inédit sur la pédophilie dans l’Eglise catholique : opération vérité, opération de prévention. Ce sommet ne résoudra cependant pas tout car la conversion de tous est essentielle pour que le navire-Eglise soit beau et solide. Tous, laïcs et religieux, prêtres, diacres et évêques, en travaillant à notre conversion personnelle, nous œuvrons à la conversion de l’Eglise toute entière. Car nous sommes loin d’être à la hauteur de Celui que nous annonçons.

Nous entrons donc dans le Carême d’une Eglise qui tangue. Un navire dont il ne s’agit pas d’oublier que la coque est modelée par la vie des saints. Ils sont nos modèles, ils sont notre Fraternité céleste ! Sans fermer les yeux sur les horreurs, nous allons fixer notre cœur en eux, nous allons les prier : les remercier pour leur vie exemplaire et leur demander d’accueillir l’Esprit de sainteté ! Que la grâce de Dieu et de ce Carême, nous rende transparents à l’Amour et à l’Espérance. Notre société de plus en plus fracturée en a tant besoin ! Offrons notre Carême pour que l’Eglise toute entière devienne sainte selon le Cœur du Seigneur.

Père Thierry Leroy

[1] 1ère lettre de Pierre 5, 3

[2] Matthieu 23, 3

[3] Pape François, discours à la Curie du 22 décembre 2014


Père Thierry Leroy
Curé, responsable du pôle